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Le Sacrifice de L’Omega

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Le destin a arrangé leur mariage… L’amour peut-il les garder unis ? Ghian est le chef de sa meute et doit, par conséquent, trouver un compagnon afin d’avoir un héritier. Toutefois, les femmes ne lui plaisent nullement et il ne peut se résoudre à choisir un partenaire, rien que par devoir. Aalyan appartient à une meute au bord de la famine. Lorsqu’il se présente en tant qu’omega, son destin est scellé. Il doit s’en aller. C’est un sacrifice qu’il est prêt à faire pour voir son peuple prospérer. L’homme qui l’attend de l’autre côté du fleuve ne ressemble en rien au tyran qu’on lui a fait croire, mais peu importe qui est son ravisseur, la place des omegas reste dans une cage et Aalyan ne peut s’empêcher d’y faire les cent pas. Ghian espère que la tendresse de sa peau pourra réveiller celle de son cœur. Mais Aalyan peut-il ouvrir son cœur à un amour qu’il n’a pas choisi ? Mariage arrangé et grossesse masculine.



Prologue



Aalyan

Aalyan maintint son regard rivé vers le sol tandis que les aînés discutaient autour de lui. D’une main, il caressa d’un air absent les beaux vêtements qu’on lui avait donnés et se laissa submerger par le flot de paroles.

Il était le sujet de discussion, mais n’était pas censé intervenir. Ça n’avait pas franchement d’importance. Il n’avait rien à dire. Ses oreilles captaient les mots, mais son regard était aussi attiré par le bouquet de fleurs bleues au pistil orange dans une calebasse, touche de couleur contrastant avec cette faible lumière. Il n’était toujours pas certain que ce soit réel.

Il ne doutait pas véritablement d’eux, seulement… Il ne se sentait pas différent. D’après lui, c’était les autres membres de sa meute — les alphas — qui avaient changé. Leur odeur attirait différemment son attention. Cela n’avait plus aucun rapport avec le sage respect qu’il avait toujours eu pour leurs personnes, avant ce matin.

Ce matin. Le soleil ne s’était toujours pas levé et ils étaient déjà… Il secoua la tête et aurait aimé pouvoir couvrir ses oreilles. Pourtant ce qu’il entendait n’avait pas d’importance, n’est-ce pas ? Tout était déjà décidé.

Et il en avait entendu plus qu’il n’en avait voulu.

La Lune les bénissait enfin, avec un oméga mâle qui leur apporterait prospérité et abondance.

Il n’y avait aucune trace d’un oméga mâle dans leur meute depuis au moins un siècle. Sa présentation avait choqué tout le monde, mais maintenant qu’ils l’avaient abrité confortablement dans la grotte où se déroulaient leurs cérémonies les plus sacrées, ils étaient tous plus détendus.

Sa mère lui serra la main une nouvelle fois en s’asseyant à ses côtés. Elle était crispée tant elle était enthousiaste. Et fière. Voilà ce qu’elle lui avait dit une fois que son père eut confirmé ce qu’il s’était passé : elle était fière de lui.

Il n’avait pas su quoi répondre. Fière ? À cause d’un événement dont il n’avait même pas eu conscience et qu’il avait encore moins désiré ? Elle n’avait pas été aussi enjouée quand ses amis et lui avaient abattu un immense sanglier, au printemps dernier.

Fiers. Bénis. Sacrés.

Les mots faisaient écho dans son esprit. Ces bruits auraient aussi bien pu être une tempête déchaînée, tant ils manquaient de logique pour lui.

Il avait également entendu des conversations chuchotées sur sa présentation qui, heureusement, s’était produite chez lui, lors d’une journée normale, et non dehors ou pire encore, lors d’une Pleine Lune.

Personne n’avait besoin d’expliquer à Aalyan ce qui se serait produit s’il s’était retrouvé avec de jeunes alphas sans supervision adulte. Il avait senti leurs regards le suivre lourdement quand il était mené jusqu’à la grotte pour rencontrer les anciens.

Il se demanda si c’était ce que leurs proies ressentaient avant qu’ils leur tombent dessus pour les déchiqueter.

***

— Aalyan ?

La voix de l’alpha le surprit et il leva donc les yeux. Les traits ridés du vieillard étaient, de plus, marqués par un froncement de sourcils. Leur leader était déjà l’arrière-grand-père de nombreux petits, mais il avait encore de la force et les idées claires.

— Oui, Alpha ? répondit promptement Aalyan.

L’expression du vieux léopard ne s’aigrit que davantage.

— Ne me regarde pas, lui intima-t-il avec agacement.

Ces mots le picotèrent comme des branches d’arbre contre une peau nue et le choc fut aussi douloureux que la colère qui poussait son léopard à se tapir en lui.

Il frissonna et baissa immédiatement les yeux. Sa mère passa un bras autour de son dos, mais ce réconfort silencieux était tout ce qu’elle pouvait lui offrir.

L’Alpha soupira.

— Tu apprendras ton nouveau rôle, Aalyan. La Lune parle dans ton cœur, tu n’as qu’à l’écouter et tu seras un bon omega pour ton alpha.

Son cœur sursauta et commença à tambouriner lorsqu’il entendit cette déclaration. C’était juste que… Bien sûr qu’il l’avait su. Il était un omega et cela signifiait qu’il devait s’accoupler avec un alpha.

Un homme.

Les mâles omegas étaient un cadeau de la Lune. Leur Alpha suprême et déesse avait trouvé inconvenant de laisser une autre femme déambuler avec un tel pouvoir. Les mâles omegas étaient pris par des mâles alphas, tout comme les femelles omega. Et comme elles, ils étaient censés se soumettre aux alphas. Mais Aalyan avait toujours cru que cela leur venait naturellement et que ce n’était pas une règle.

Bien sûr, en tant que jeune garçon bêta, il ne parlait pas franchement aux femelles omegas de sa propre meute, du moins, pas de ces sujets-là.

Les jeunes alphas les suivaient-ils comme ils l’avaient fait avec lui ? Si son père et son grand frère n’avaient pas été là pour leur grogner après… Il déglutit, souffla lentement et supplia silencieusement son estomac de se calmer.

— Tu es spécial, lui disait l’Alpha. La Lune t’a choisi, nous a choisis afin que nous utilisions tes dons à bon escient pour la meute.

Aalyan se risqua à jeter un coup d’œil vers lui, confus. Ses dons ? Les mâles omegas étaient-ils réellement magiques ?

Sa curiosité fut une grave erreur, car les mots de l’alpha heurtèrent ensuite son âme vulnérable.

— Tu ne peux pas rester avec nous, bien sûr.

Il comprit qu’il avait laissé échapper un bruit trahissant sa souffrance quand sa mère le fit doucement taire et le prit dans ses bras. Ils voulaient qu’il quitte sa meute ?!

— Inutile de t’inquiéter, Mareé, disait l’un des aînés à sa mère quand les oreilles d’Aalyan recommencèrent à fonctionner. Il sera honoré, peu importe où il va. Tous les métamorphes savent que les omegas mâles sont des bénédictions.

— Effectivement, confirma l’Alpha. Et il sera une bénédiction pour nous aussi. Tu es un véritable miracle en ces temps difficiles, jeune homme.

Aalyan savait qu’il devrait répondre, mais il ne pouvait faire autrement que de garder le visage blotti contre l’épaule de sa mère, tout en tremblant et en se mordant la langue pour ne pas pleurer ouvertement.

Peut-être s’attendaient-ils à ce qu’un omega se comporte ainsi, car personne ne le lui reprocha.

***

Parmi les léopards, il existait des alphas qui auraient pu le choisir comme compagnon et avec qui il avait des liens de parenté si lointains que seuls les aînés auraient pu leur dire où leurs lignées se rencontraient… Mais les proies devenaient de plus en plus rares chaque saison et même si la Lune avait béni leur meute avec sa présentation, il était apparemment possible de transmettre cette bénédiction à quelqu’un d’autre, en échange d’une chose plus précieuse.

Comme de la nourriture. Beaucoup de nourriture, pour que personne ne soit en difficulté.

Aalyan savait effectivement à quel point il était horrible d’aller se coucher avec un estomac grondant, pendant des jours, quand ils ne pouvaient rapporter suffisamment de viande ou même de fruits. Il savait même ce que c’était de donner sa part de nourriture à son petit frère pour éviter de voir Milthu souffrir alors qu’il gigotait et suçotait des os séchés.

Qui pouvait démentir qu’il valait moins que de la nourriture ? C’était évidemment le cas. Il ne pouvait les maintenir en vie, même s’il passait des heures à chasser — et il ne pouvait même plus le faire, à présent.

Mais il se rappela en silence qu’il avait une grande valeur. Ils demandaient beaucoup de nourriture en échange, suffisamment pour nourrir toute la meute pendant deux mois, ou pour compléter leur régime alimentaire encore plus longtemps.

Aalyan ne serait pas avec eux, mais il saurait qu’ils allaient bien, que sa mère n’allait pas essayer d’écraser des os afin d’en extraire quelques saveurs pour son bouillon et que son père n’irait pas chasser au milieu de la nuit, car la culpabilité ne le laissait pas tranquille. Ils iraient bien et tant qu’il savait ça, il pouvait… Il ferma les yeux et prit une profonde inspiration. Son cœur tambourinait dans sa poitrine, mais il n’avait nulle part où aller, et Aalyan ne pouvait faire ce qu’il lui demandait.

Une main se posa doucement sur son coude, le surprenant. Il ouvrit les yeux.

Sa mère ne parla que lorsque leurs regards se croisèrent. Elle releva le menton, pour l’encourager silencieusement et, un instant plus tard, Aalyan l’imita, inspirant et expirant plus lentement.

Il pouvait le faire. Pour eux.



Ghian

— Ghian ? l’appela son frère.

Il déglutit. Un mâle omega. Il avait abandonné l’idée de s’accoupler des années plus tôt, quand il avait enfin annoncé à sa famille qu’il ne pouvait prendre une femme pour compagne. Et maintenant… Les mâles omegas sont une bénédiction de la Lune, bien sûr, mais Ghian avait l’impression que c’était une bénédiction pour lui, plus particulièrement. Il pouvait enfin accomplir son devoir envers la meute et avoir des enfants qui, un jour, prendraient la relève quand il disparaîtrait. Et il pouvait être avec quelqu’un, réellement être avec cette personne au lieu de fureter comme…

Il secoua la tête.

— Et les léopards ne veulent pas de lui ?

La bouche de Telez s’inclina vers le bas.

— Les léopards remercient probablement les Dieux pour ce qu’ils peuvent obtenir en échange. Tu sais qu’ils ont beaucoup perdu dans cet incendie déclenché par les humains. Je ne crois pas que… Eh bien, ils ont besoin de bien d’autres choses que d’un omega.

— Que veulent-ils ?

— De la nourriture, répondit son frère.

La bouche de Ghian se tordit amèrement et il le ressentit jusqu’au fond de son estomac. De la nourriture. Penser qu’une meute puisse être en difficulté au point de devoir marchander l’un des leurs pour survivre…

Au contraire, ils avaient des champs de céréales qui leur donnaient plus qu’ils n’en avaient besoin au nord, et des arbres fruitiers sur le flanc de la montagne qui non seulement les nourrissaient, mais attiraient aussi les proies. La nourriture était la seule chose à laquelle aucun jaguar n’avait eu à penser depuis longtemps.

Ce n’était pas un accident. Neuf ans plus tôt, quand il était devenu leur Alpha, Ghian avait insisté pour qu’ils commencent à planter du manioc. À l’époque, les anciens de sa tribu n’avaient pas vu la nécessité de cette plante racine robuste et hautement nutritionnelle, mais une fois que Ghian avait été assez fort pour prendre le relais de son défunt père, ils avaient cédé. Tout le crédit ne lui revenait pas. C’était sa sœur, Erea, qui l’avait suggéré, mais il était fier de l’avoir écoutée. À vrai dire, il ne pouvait affirmer que la plantation du manioc les avait sauvés de quoi que ce soit, mais à présent, les jaguars prospéraient encore plus, alors que d’autres meutes avaient du mal à suivre la raréfaction des animaux et autres poissons. Quand les humains ne les mangeaient pas, ils les emportaient pour on ne sait quelle raison. Parfois, ils détruisaient simplement leur habitat au point où les animaux ne pouvaient subvenir aux besoins de grandes portées.

La prescience d’Erea ne les avait peut-être pas sauvés, mais elle leur avait offert plus de sécurité.

Tout ce qu’il avait à faire, c’était d’accepter. C’était peut-être tout ce que Ghian pouvait faire, mais il demeurait un alpha.

— Combien ?

— Il y a environ une cinquantaine d’Ysiatl, l’informa son frère d’un ton neutre.

— Nous pouvons leur envoyer vingt sacs de manioc, décida-t-il en comptant rapidement. À chaque Nouvelle Lune, ces trois prochains mois.

Telez prit une vive inspiration. Ghian savait que cela représentait beaucoup de nourriture et plus de la moitié de leur production mensuelle, si tout se passait bien.

— Tu en es sûr ? lui demanda son frère après un long moment.

Étrangement, il l’était et toute hésitation avait disparu. Ainsi, il sut que c’était l’œuvre de sa Déesse. La Lune lui offrait une chance d’obtenir ce dont il avait besoin. Ce dont sa meute avait besoin. Et il ne pouvait accepter un tel don sans rien donner en retour. Il ne connaissait pas les circonstances exactes dans lesquelles vivaient les Ysiatl, mais il leur enverrait une grande quantité de nourriture afin qu’ils se nourrissent correctement au moins trois mois — voire plus, s’ils géraient intelligemment le stock. Selon lui, ça n’était pas suffisant, même si sa meute allait devoir chasser et pêcher davantage afin de compenser la perte du manioc.

Mais, bien sûr, il n’était qu’un homme et ne pouvait qu’espérer être à la hauteur de la grandeur de la Lune.

— Oui, répondit-il à Telez. Tu peux arranger ça ?

***

Un jour, Ghian n’avait été qu’un enfant. Le troisième enfant de l’Alpha, rien de moins. Tout le monde avait veillé lui, bien sûr, tout comme ils veillaient sur les autres bébés.

Puis, à l’âge tendre de onze ans, il s’était lui-même présenté en alpha.

Il ne savait même pas qui il était, mais subitement, tout le monde le savait. Tous les gamins avec qui il avait joué en grandissant, tous les adultes qu’il avait convaincus de lui donner des bonbons ou qu’il avait surpris en jaillissant d’un buisson quand ils étaient occupés. Chaque personne qu’il connaissait.

Ils savaient qui il était et lui, n’en savait rien, pourquoi n’auraient-ils pas dû les croire ? Devenir un alpha signifiait être comme son père, la personne qu’il admirait le plus au monde. Cela signifiait que son père l’entraînerait, lui et lui seul, et qu’il n’aurait pas à attendre son tour pour se faire entendre, jusqu’à ce que ses aînés aient leur mot à dire.

Cela signifiait qu’il était spécial.

Il l’avait ressenti, aussi. Son père et lui faisaient des randonnées au sommet du Mont Lajika pour parler au dieu de la montagne. Ils restaient assis là en silence et écoutaient le rocher leur parler. Au début, ce rocher n’avait pas été très communicatif avec Ghian, mais l’adolescent s’asseyait joyeusement après la difficile ascension et son père se contentait de lui sourire (avec ses yeux, uniquement) avant de lui dire :

— Tu fais du bon boulot, fils.

Ghian avait été si fier à l’époque, jusqu’à la fois où il avait passé une horrible journée — une plante quelconque avait effleuré sa jambe, l’irritant et le démangeant tant qu’il était incapable de rester immobile — et avait entendu ces mêmes mots.

— Du bon boulot ? J’ai fait n’importe quoi, aujourd’hui !

Il avait alors douze ans. Il débordait d’énergie, de méchanceté et n’avait que peu de compassion, même pour lui.

Son père l’avait scruté un long moment, sans le réprimander pour son ton.

— À ton avis, quel est ce boulot, fils ?

Ghian l’avait regardé en fronçant les sourcils.

— D’é… d’écouter Apu.

— Oui et tu l’as écouté ?

— J’ai essayé.

Il boudait et il le savait, mais à ce moment-là, il luttait encore pour ne pas se gratter la jambe. Il savait que son père serait déçu et cela ne faisait qu’aggraver sa déception.

Son père avait acquiescé.

— Mais tu n’as pas réussi ?

Ghian avait hoché la tête et s’était mordu la langue. Il était au bord des larmes et ne pouvait se risquer à parler.

— Parce que ton corps te déconcentrait, avait suggéré son père.

Ghian avait réussi à acquiescer, le regard toujours rivé sur le sol, la honte lui brûlant l’estomac.

— Apu a un corps, aussi, tu le sais ?

— Quoi ? avait demandé Ghian en levant la tête, puisqu’il était trop confus pour être furieux.

Son père avait tapoté le flanc rocailleux de la montagne.

— C’est son corps, cette partie de lui que nous pouvons toucher. C’est comme ça qu’il peut nous parler, grâce au vent qui passe dans ses fissures et ses crevasses, grâce aux petits cailloux qui s’érodent sous nos pieds et grâce à l’eau coincée à l’intérieur qui se met à goutter.

Il avait tendu la main pour saisir celle de Ghian. Il avait ensuite retourné sa paume qu’il avait tapotée.

C’est toi, fils, et tu dois écouter ton propre corps avant d’écouter quiconque, même un dieu.

Ghian avait froncé les sourcils.

— Alors…

— Alors, si ton corps te dit que tu souffres et que ça ne peut pas attendre, tu t’en occupes d’abord.

— Mais je suis un alpha, je suis…

— Tu es un garçon, l’avait interrompu son père. Et même les alphas ont besoin de temps pour guérir, Ghian. Nous sommes forts, la Lune nous a bénis, mais nous ne sommes pas des dieux.

Il avait attendu que Ghian acquiesce avant de se retourner.

— Viens, il y a une grotte par ici où nous pourrons apaiser cette démangeaison.






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